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Ailes de sang
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Genre : Fantastique, Romance
Format :

Informations édition :

Auteur : Aceituna
Illustrateur :
Editeur France : The book edition
Première éd. : NC

Recommendations :

Age conseillé : +16
Prix public : 15

Compléments :

Nombre de tomes : 1
Nombre de pages moyennes : 331

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SYNOPSIS :

Trois terres, deux races, une guerre et deux anges que tout oppose, à commencer par la couleur de leurs ailes.

Sur les terres d’Alvarion, une guerre sans merci oppose les ailes de sang aux ailes blanches. Dans ce chaos, l’enfant héritier du royaume de Valendras, disparu depuis sa naissance, est retrouvé près de la ligne de front. Amor, ange démon, est envoyé pour le ramener.

EXTRAIT :

« — Papa ? De quelle couleur seront mes ailes ?

— Blanches ! Voyons ! Ou alors, c’est que je suis mort et toi, l’ange de ma vengeance, répondit le souverain à son fils... »

Prologue : L’Ange Démon

Quelqu’un a dit un jour : « Aime-moi jusqu’à ce que je meurs, puis oublie-moi... »1, et, lui n’était pas encore mort ou du moins respirait-il encore...

Olivier avait élu domicile, il y avait de cela trois ans, dans les bas fonds de New York, dans ces rues où même la lumière du jour ne parvenait jamais. Ici, tout était obscur à jamais, tout n’était que misère, crasse et puanteur, et chacun essayait de survivre comme il le pouvait.

Il ne savait pas vraiment comment il était arrivé là, il savait seulement qu’il avait eu un accident et qu’il avait perdu la mémoire à défaut de la vie. Pour tout souvenir, il avait ce prénom, une approximation de son âge soit dans les vingt-cinq, trente ans et surtout, il avait deux magnifiques cicatrices parallèles, commençant en haut de ses omoplates et se terminant à la moitié de son dos. Les plaies recousues avaient dû s’infecter à l’époque et elles étaient aujourd’hui boursouflées. Le résultat était assez rebutant et surtout très douloureux pour lui.

Par moment, il souffrait tellement qu’il était incapable de se lever. Les médecins étaient restés perplexes devant son cas. Les symptômes du mal correspondaient point par point à ceux des amputés, il souffrait du mal dit « du membre absent », mais chez lui la douleur était placée dans son dos.

Pour soulager son mal, Olivier n’avait trouvé que les drogues et surtout la plus puissante et mortelle d’entre elles : « la poussière d’ange ».

Pour s’en procurer, il n’y avait qu’une solution : avoir de l’argent, beaucoup d’argent. Et pour avoir de l’argent dans ce monde de l’ombre, il n’existait que deux options : coucher ou tuer.

Olivier tenta la première, mais son premier client, une brute épaisse, doublé d’un pervers, commença à le frapper si fort que son sang ne fit qu’un tour et pour lui donner une leçon, il lui brisa la nuque à mains nues. Net, propre, sans une goutte de sang, comme le lui avait dicté son instinct. Il ne savait pas pourquoi, mais une chose était sûre, il fallait tant que possible, éviter de faire couler le sang...

Fort de cette expérience, il se décida pour la seconde option, il serait chasseur de prime ou simplement nettoyeur. Malheureusement, nouveau dans le métier, sans aucune référence, il ne fut pas pris au sérieux et dut se rabattre sur les combats de rue pour gagner à peine de quoi se payer une dose journalière suffisante.

Il fut cependant surpris de voir qu’il réussissait, en général, assez rapidement à envoyer ses adversaires au tapis, du moins lorsque la drogue ne lui enlevait pas tous ses moyens ou lorsque son dos ne le faisait pas trop souffrir.

Il savait aussi qu’un jour ou l’autre, il rencontrerait un adversaire plus fort que lui et que ce jour-là il retournerait certainement en enfer...

À moins que l’enfer ne soit ici ?

Pourtant au début de chaque combat il savait tout au fond de lui qu’il ne mourrait pas, tant qu’« Il » ne l’oublierait pas...

Qui était ce « Il » ? D’où venait cette certitude de posséder un « ange gardien » quelque part en ces lieux maudits ? Il n’en avait pas la moindre idée, il savait juste que c’était lui, cet être de lumière qu’il n’avait encore jamais rencontré, qui lui permettait de survivre jour après jour...

Un soir après un combat difficile, il décida de changer d’itinéraire pour rentrer chez lui. La nuit était calme et douce et il avait récupéré assez d’argent pour pouvoir se payer une dose suffisante avant le prochain combat, qui aurait lieu trois jours plus tard. Il déambula dans les rues désertes, presque heureux, sentant dans ses poches le petit sachet plastique synonyme de paix et d’extase pour lui. Tout à coup, il s’arrêta net, son regard attiré par une enseigne lumineuse. Les mots, éclairés de blanc, apparaissaient et disparaissaient, telle la lumière d’un phare indiquant le chemin aux navires de passage. Il resta devant l’enseigne un moment avant que son esprit n’arrive à enregistrer, les lettres, puis les mots, puis leur sens...

« Ange Démon », voilà ce qui était écrit sur la façade du bâtiment, deux petits mots simples, pour un simple nom de discothèque, qui brillaient dans la nuit. Mais pour lui, sans qu’il ne se l’explique, ces mots semblaient avoir une tout autre signification.

Il les répéta à voix haute comme pour être sûr qu’il les avait bien lus : « Ange Démon », « Ange Démon ». Il avait déjà entendu ce nom quelque part, mais où ?

Il n’en avait pas la moindre idée, mais il avait la sensation que cela avait eu une grande importance pour lui. Il chercha encore et encore dans ses souvenirs, puis sans arriver à rien il décida d’entrer dans l’espoir que la mémoire lui revienne. Il s’avança vers les lourds rideaux rouge sang qui cachaient l’entrée. Il les souleva lentement, mais il fut bientôt bousculé par un petit groupe de jeunes gens, qui ne lui accordèrent même pas un regard.

Il se cacha dans l’ombre et les entendit simplement prononcer en gloussant, avant de disparaître à l’intérieur :

— Wahoo ! On y est ! Nous voilà enfin dans la boîte la plus branchée de la planète, on dit que même Dieu et Lucifer viennent prendre un pot ici de temps à autre !

Dans l’ombre, Olivier hésita encore un instant, mais les mots ne cessaient d’apparaître et disparaître dans son esprit. Il devait entrer, il n’avait pas le choix. Alors, il souleva le rideau et s’engouffra dans l’antre de l’Ange Démon.

Du calme de la nuit, il passa immédiatement au bruit de la techno, qui lui martela les tympans. Il n’appréciait pas vraiment cette musique, sauf lorsqu’il était dans son trip. Il se fraya un passage dans la foule et tourna sur lui-même pour avoir une vue d’ensemble, prêt à ressortir immédiatement, lorsque ses yeux se posèrent sur un immense tableau dans le fond de la discothèque, représentant un ange aux ailes noires. Cherchant à mieux le voir, il découvrit dans un coin plus sombre de la salle un escalier en acier. Il s’en approcha, grimpa quelques marches sans mieux y voir et se décida donc à monter jusqu’à l’étage. Cependant, lorsqu’il arriva en haut des marches, un homme, apparu de nulle part, lui barra le passage et le dévisagea de la tête au pied :

— Quartier VIP, on n’entre pas ! C’est même à se demander comment ils t’ont laissé entrer dehors. L’odeur du sang sans doute...

Olivier regarda le gorille sans comprendre puis s’observa et vit qu’il n’avait effectivement pas fière allure. Sa chemise était déchirée et son jean tâché et imbibé de sang. Ses mains étaient écorchées et une croûte de sang s’était formée sur sa joue blessée.

— Un conseil mon p’tit gars. Va te changer illico presto ! L’hémoglobine a ses adeptes dans les parages... Va voir le barman, là-bas, le grand blond, il te donnera des vêtements propres...

— Pardon ?

— Ah... Ces humains vous n’écouterez donc jamais ce que l’on vous dit ?

— Humains ?

C’était ce qu’Olivier avait cru comprendre, mais la musique était très forte et il se dit qu’il avait dû mal entendre. L’homme l’observa de nouveau et reprit assez fort cette fois :

— Allez, assez joué gamin, je n’ai pas de temps à perdre avec toi, descends, change-toi et laisse les grands régler les affaires de ce monde.

Olivier regarda un instant la salle noire de monde et ses yeux se posèrent de nouveau sur le tableau. Il observa le gorille et d’une voix implorante lui dit :

— Mais... je voulais juste voir le tableau...

Le gorille le regarda étonné :

— Bah ! Il fallait le dire plus tôt, mon gars. Entre donc, derrière les verrières tu auras une vue imprenable sur l’œuvre et je vais demander à Susie, notre hôtesse, de te trouver des vêtements.

Olivier resta coi quelques secondes, n’en croyant pas ses oreilles. Est-ce que demander à voir le tableau était une sorte de code ? Allait-il se retrouver dans une sorte de casino clandestin, ou mieux encore ?

Il passa la porte, intrigué. Celle-ci se referma sur lui dans un claquement de serrure, qui le fit sursauter. Il fut tenté de vérifier si elle n’était pas fermée à clef, mais il y renonça. Il ne voulait plus qu’une chose maintenant, admirer le tableau. La pièce était fraîche et agréable, baignée dans une semi-obscurité apaisante, renforcée par le silence omniprésent. Une hôtesse blonde platine, toute de bleu vêtue, certainement Susie, lui fit un sourire enjôleur et lui demanda s’il désirait boire quelque chose.

Il la regarda un instant, comme s’il réfléchissait à sa question, puis secoua la tête pour lui dire non. Ses yeux furent soudain attirés par la baie vitrée donnant sur la salle et, plus que tout, par le tableau. Il plaqua son visage contre la vitre, hypnotisé, et resta à contempler l’oeuvre un bon moment, envahi par une tristesse indescriptible.

— C’est un beau tableau n’est-ce pas ? lui demanda une voix.

Il se retourna brusquement s’attendant presque à voir l’ange du tableau près de lui, mais ce n’était que l’hôtesse qui lui apportait une chaise et des vêtements.

Déçu sans savoir pourquoi, il s’assit sans lui dire un mot et continua sa contemplation sans se rhabiller, jusqu’à ce que ses yeux le piquent.

Qu’est-ce qu’il lui prenait ?

Le tableau n’avait pourtant rien d’extraordinaire, surtout dans une discothèque portant un nom tel que « l’Ange Démon ». C’était une peinture représentant un ange aux ailes noir ébène. L’ange était de dos et tournait la tête de telle sorte que l’on puisse voir son visage fin et délicat, aux lèvres pulpeuses et légèrement rosées, au nez petit et droit, aux sourcils fins et noirs...

Cet ange était en fait une ange, une femme belle comme la nuit. Elle avait une peau aussi blanche que la pleine lune qui se reflétait dans un lac sombre au second plan et que la noirceur de ses cheveux, qui lui tombaient dans le bas du dos, faisait ressortir. Ses cheveux ondulant en de longues mèches se perdaient dans les plumes de ses ailes ployées.

Mais ce qui le bouleversa c’était avant tout ses yeux et ce qu’il y voyait aux travers. Elle avait de si merveilleux yeux sombres et envoûtants. Il n’aurait su en dire la couleur, mais ils semblaient vivants. Il y lut de la mélancolie aussi et surtout de la tristesse, mais n’en avait-il pas toujours été ainsi ? Sa réflexion le surprit.

Il resta encore un moment comme dans un état second, ne s’apercevant même pas que des larmes coulaient maintenant de ses yeux. Il murmura juste un mot : « Antéa ».

La douleur le submergea comme une vague puissante. Il avait mal, si mal, mais c’était une douleur qu’il ne reconnaissait pas, qu’il ne comprenait pas. Il voulait l’oublier, tout oublier. Alors, il sortit de sa poche les petites pastilles roses. Il les posa sur sa langue, une à une, tout le sachet, en les laissant fondre doucement. Après quelques secondes, il ressentit les effets bienfaisants de la drogue. Il commença à sombrer, il commença à se sentir mieux, à oublier la douleur, à tout oublier, tout simplement...

Perdu dans son monde, il décida de retourner sur la piste de danse, tel un zombie, ne se souvenant même plus de la raison pour laquelle il était monté jusque-là. Il se mélangea à la foule d’anonymes puis s’approcha du bar, la musique lui martelant toujours les tympans. Il s’assit et attendit que le barman s’occupe de lui. Il promena son regard tout autour de lui, sans remarquer l’homme à l’autre bout du bar qui ne cessait de le fixer...

Gabriel croisa son regard à peine une fraction de seconde, juste assez pour qu’il n’ait plus aucun doute quant à son identité. Il venait de le retrouver, enfin ! Cela faisait tant d’années qu’il l’attendait et il avait commencé à douter de le revoir un jour...

Le jeune homme, lui, ne sembla pas le reconnaître, il était affalé sur un tabouret au bar, un verre à la main, deux filles lui tournant autour tels deux vautours attirés par l’odeur de la mort toute proche...

Il avait beaucoup changé, mais cependant pas suffisamment pour qu’il ne le reconnaisse pas.

Gabriel s’approcha lentement de lui, il y avait foule ce soir, la musique résonnait dans ses oreilles à moins que ce ne soit les battements de son cœur. Il se fraya un chemin parmi tous les danseurs dont les corps en sueurs ne cessaient de se mouvoir sur les rythmes endiablés du DJ.

Mais il ne les voyait déjà plus, il ne voyait que cet homme au bar.

Il se retrouva bientôt face à lui, il chassa les sangsues d’un simple regard. Une observation rapide d’Olivier lui permit de constater que son état était bien pire que ce qu’il avait pu entrevoir. Ses pupilles étaient dilatées, son regard perdu dans le vide, un sourire béat et idiot sur les lèvres. Il eut une grimace de dégoût en reconnaissant les symptômes de la came, la pire de tout : « la poussière d’ange ».

Il posa de nouveau son regard sur le junkie, et son cœur se serra. Il avait attendu ce moment depuis si longtemps, vingt lunes exactement soit une éternité ici bas, il l’avait espéré, imaginé, répété mille fois les mots qu’il dirait, mais à quoi bon ? L’autre n’était plus que l’ombre de lui-même.

C’est à ça que tu marches alors ? C’est pour ça que tu as tout oublié ? Oublier pour mieux mourir ?

Il posa une main sur l’épaule du jeune homme qui ne réagit même pas. Il le secoua et Olivier tourna son regard vide vers lui : un regard sans âme loin de ses souvenirs. Ses yeux avaient perdu cette lueur si particulière qui leur donnait vie. Sa peau était terne, presque jaune, son corps amaigri, il avait tellement changé. Il n’était plus ce garçon fier et si fort qu’il avait connu jadis, il n’était plus l’âme de sa vie, il n’était plus qu’un junkie de plus, une ombre parmi les vivants. Un instant il s’en voulut. Tout était de sa faute en fin de compte, mais ils étaient réunis à présent.

Il commanda un café, un café salé. Le barman, un jeune black d’une vingtaine d’années, avec un corps à damner un saint, le regarda de travers et allait lui répondre qu’il ne servait pas de ça ici, dans un langage plus ou moins châtié, mais il fut interrompu par son chef qui le réprimanda avec douceur, avant de se tourner vers son patron en disant :

— Désolé boss, c’est un nouveau !

— Pas de problème, Steph, nous n’avons pas encore été présentés, je ne peux pas lui en tenir rigueur !

Stéphane lui sourit et partit préparer le café demandé. En l’attendant, Gabriel s’attarda un peu plus sur le nouveau barman, le détaillant avec un regard appréciateur. Le jeune homme portait un pantalon serré, qui soulignait ses fesses rebondies à la perfection, un tee-shirt sombre et très moulant qui laissait entrevoir un corps finement musclé, un bel Adonis à ne pas laisser entre toutes les mains, se dit-il, avant de prendre la tasse que lui tendait son barman :

— Laisse-moi deviner Steph c’est toi qui nous l’as recruté celui-là ! s’exclama Gabriel taquin.

Stéphane rougit jusqu’aux oreilles et fit un signe que oui. Gabriel se mit à rire devant l’embarras du jeune homme.

— Il est superbe, tu as toujours eu très bon goût en matière de mec !

— C’est vrai, mais jamais beaucoup de chance, lui est hétéro et lorsqu’ils sont gay, ils sont déjà pris...

Gabriel ne releva pas. Il savait que cette dernière remarque lui était adressée, lui qui avait toujours repoussé les avances du jeune homme.

— Peut-être arriveras-tu quand même à tes fins ? dit-il pour consoler un peu le garçon. Il ne serait pas le premier hétéro à changer de bord !

— Certes, mais je suis son supérieur et la politique de la maison est très stricte sur ce sujet, répliqua Stéphane sur un air de défi.

Effectivement, c’était ce que Gabriel lui avait dit afin qu’il arrête de le draguer. Mais tous deux savaient que ce n’était qu’un prétexte, une façon pour Gabriel de lui dire gentiment qu’il ne l’intéressait pas. Et puis, trop de choses les séparaient.

Il connaissait Stéphane depuis maintenant six ans, ils s’étaient rencontrés par hasard, dans une ruelle alors que le plus jeune se faisait copieusement rosser par son proxénète et quelques amis à lui. Gabriel n’avait pas eu l’intention de lui venir en aide au début, mais lorsqu’il avait vu le garçon au sol, presque nu, la peau ensanglantée et couverte de bleu, il ne put rester sans rien faire et s’interposa entre lui et ses bourreaux. Les trois hommes armés de couteaux tentèrent tant bien que mal de récupérer leur proie, mais en vain. Leur adversaire était bien trop fort pour eux. Stéphane ne vit pas grand-chose de l’affrontement qui s’ensuivit. Il se souvenait juste d’avoir fermé les yeux le temps du combat, priant un Dieu quelconque de lui sauver la vie, à lui et à cet inconnu. Puis, il les rouvrit, lorsque le calme se fit enfin, s’attendant à voir ses bourreaux se jeter de nouveau sur lui, mais ce qu’il avait vu à cet instant était bien pire que tous ses cauchemars et il en avait perdu connaissance.

Lorsqu’il s’était enfin réveillé dans un lit chaud et douillet, Stéphane avait d’abord demandé s’il était mort. Un homme d’une quarantaine d’années assis à son chevet lui certifia qu’il n’en était rien et qu’il était maintenant en sécurité. L’homme s’appelait Adam et s’occupait à cette époque d’un petit foyer pour jeunes, foyers qu’il agrandit et développa quelques années plus tard grâce aux bénéfices engendrés par « l’Ange Démon ». Il se souvint du sourire franc et chaleureux de l’homme, il se souvint aussi d’avoir revu un peu plus tard son sauveur et de s’être caché sous les couvertures de peur qu’il ne soit là pour l’emmener, car ce que Stéphane avait vu dans la ruelle c’était cet homme paré d’une magnifique paire d’ailes rouge carmin, achevant ses victimes dans un bain de sang. Mais ensuite, il comprit que ce n’avait été que le fruit de son imagination, la peur de la mort, la vue du sang et il ne vit plus Gabriel comme l’ange de la mort, mais simplement comme l’homme de sa vie, un garçon d’une trentaine d’années à la beauté froide et ensorcelante.

Stéphane soupira, puis alla s’occuper d’autres clients en gardant un œil sur son boss. Il était rare de le voir en soirée et encore moins dans la salle. En général, il préférait le calme du quartier VIP et ne se mêlait pas à la foule anonyme. Que faisait-il ici alors ? Serait-ce cet homme qui l’intéresserait ?

Il secoua la tête et examina ledit homme affalé sur le bar. Il fronça les sourcils et se demanda encore ce que Gabriel faisait avec « ça », ce déchet humain...

Gabriel comme s’il venait de lire dans ses pensées croisa son regard et chuchota :

— Ne le juge pas...

Son regard triste se détourna de son barman et se posa sur l’homme qui tentait d’avaler son café. Une fois l’opération réussie non sans mal, la réaction ne se fit pas longtemps attendre, Olivier se recroquevilla sur lui-même et vomit le contenu de son estomac dans le sac que Gabriel avait mis à sa disposition. Le jeune homme avait du mal à comprendre ce qui lui arrivait. Il tenta de se lever, mais tenait à peine sur ses jambes. Gabriel le prit alors dans ses bras et lui chuchota à l’oreille :

— Doucement, vomir l’estomac vide peut être fatal. Et je ne voudrais pas avoir à t’oublier maintenant...

Le garçon le regarda sans comprendre et tenta de se dégager de cette étreinte, mais Gabriel ne le lâcha pas. Olivier s’effondra alors et le patron de « l’Ange Démon » l’emporta avec lui.

Ils disparurent par une porte dérobée qui les emmena à un ascenseur puis directement aux appartements de Gabriel.

Une fois seuls et au calme, Gabriel déposa délicatement le corps inerte du jeune homme sur son canapé. Ce dernier sembla reprendre connaissance un instant, essaya de se relever une nouvelle fois, mais retomba lourdement au sol. Gabriel l’allongea de nouveau, alla prendre une serviette humide et la passa tendrement sur son visage.

— Mon âme..., souffla-t-il.

Il s’en voulait tellement à cet instant, il pensait que tout était de sa faute. Cette stupide promesse de ne pas mourir s’il ne l’oubliait pas...

Gabriel le veilla tout le reste de la nuit.

Au matin, Olivier se réveilla désorienté. Il voulut partir, mais Gabriel, toujours à son chevet, l’en empêcha avec douceur.

— Alban, je t’en prie tu n’es pas en état...

— Je... Qui êtes-vous ?

— Je... je m’appelle Gabriel, lui dit-il alors, un sourire triste sur les lèvres.

— Et vous en avez bien profité ?

Gabriel le regarda surpris puis soupira avant de se lever pour aller chercher un café sans lui répondre.

— Tu en veux un ? demanda-t-il, du bar de la cuisine américaine, en sortant deux tasses d’un placard.

— Non. T’as pas assez de blé pour te payer une pute et tu te paies un petit camé, c’est ça ?

— Un ou deux sucres ?

— Deux... Non ! Je t’ai dit que je ne voulais pas de ton putain de café !

— Il est chaud, tu as tort.

Gabriel but une gorgée de café puis regarda de nouveau le garçon.

— Tiens, prends ma tasse si tu n’as pas confiance, j’y ai bu maintenant et je n’en suis pas mort...

Olivier le regarda un instant. Puis, il avança doucement la main vers la tasse de café fumante. Il avala une gorgée et attendit quelques secondes que le liquide diffuse sa douce chaleur dans son corps malade, avant de demander :

— Qu’est ce que tu attends de moi ?

— Rien...

— Alors, file-moi du blé pour cette nuit...

— Non.

— Non ? ! Tu sais que je peux te crever si je veux, et sans arme ! s’emporta-t-il.

— Oui, je sais Alban, mais tu ne le feras pas...

— Arrête ! Et puis d’abord, je m’appelle pas Alban, je m’appelle Olivier ! hurla ce dernier décontenancé.

Gabriel sourit de nouveau puis répliqua :

— Comme l’arbre de la mort ?

Olivier le dévisagea sans comprendre, se demandant s’il n’était pas, tout simplement, en train de rêver, son corps et son esprit devant encore être sous l’emprise de la drogue. Il faillit se taire et attendre que l’autre disparaisse, mais la curiosité l’emporta.

— Pardon ? Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— Olivier, c’est le nom de l’arbre de la mort ou de la paix éternelle si tu préfères...

— Qui, qui es-tu ? Est-ce que je te connais ?

L’autre ne dit rien et se contenta d’un sourire énigmatique.

— Wahoo t’es trop bizarre, tu fumes quoi ? Tu partages ? reprit Olivier troublé par le sourire et voulant reprendre les rênes de ce rêve qui virait au cauchemar.

— Non, allez bois ton café et va prendre une douche !

Olivier le regarda, cligna des yeux et se pinça très fort. La douleur traversa son bras et il comprit qu’il ne rêvait pas. Sans plus y réfléchir, il se leva et s’exécuta. Après tout, une douche ne lui ferait certainement pas de mal vu son état. Il regarda son hôte du coin de l’œil, essayant de voir, tout de même, si ce dernier n’aurait pas une idée derrière la tête. Voyant que l’autre ne bougeait pas, il disparut dans la salle de bain.

Toi, mon petit gars, n’essaie même pas d’entrer ici avec moi !

La salle de bain était immense et tout de marbre noir. Jamais il n’en avait vu d’aussi belles.

« Ce mec devait avoir pas mal de fric tout de même », se dit-il en s’observant dans un miroir. Il ne put s’empêcher de faire une grimace en voyant l’image que lui renvoyait l’objet de lui-même. « Un déchet humain » furent les premiers mots qui lui vinrent à l’esprit...

Il entra sous la douche, l’eau chaude s’écoulant sur son dos lui fit du bien. Le jet détendait ses muscles et il se sentait un peu mieux, mais très vite une sensation de manque l’envahit et il comprit qu’aujourd’hui encore, il aurait besoin d’un petit extra.

Il repensa au propriétaire des lieux pour focaliser son esprit sur autre chose. Qui était-il ? Et pourquoi son visage lui rappelait-il quelqu’un ?

Une demi-heure plus tard, il sortit et s’enveloppa dans une serviette douce et moelleuse en se demandant encore quel serait le prix à payer pour ça. Il savait que tout avait un prix ici bas, il savait aussi que camé à mort, il était encore capable de tuer quiconque essayait de le toucher...

L’autre était vivant, il n’avait donc rien tenté durant la nuit...

Que lui voulait-il alors ?

Il chercha ses affaires, mais ne les trouva pas. À leur place, il découvrit un jean bleu et une chemise en coton épais bordeaux. Il s’habilla en haussant les épaules et sortit de la salle de bain. L’autre était occupé à lire un journal sur le canapé du salon. Il leva les yeux en l’entendant arriver.

— Bon me voilà tout beau, tout propre et maintenant ?

— Et maintenant quoi ? demanda Gabriel en faisant mine de se replonger dans sa lecture.

— Tu veux une petite compensation pour la douche ?

— Non. « Ça » ne m’intéresse pas...

— Menteur ! Tu n’arrêtes pas de me déshabiller du regard depuis que je suis là !

Gabriel se concentra un peu plus sur son journal, faisant tout pour que celui-ci lui cache le rouge qui venait de lui monter aux joues. Il avait été découvert. Mais même amaigri, le visage creusé, le regard fuyant, Olivier n’en restait pas moins très beau, surtout maintenant, douché, rasé et habillé. Il ne pouvait décemment rester insensible à son charme. C’était un homme quand même. Gabriel aurait donné n’importe quoi pour caresser sa joue, embrasser ses lèvres, mais ce n’était pas le moment, l’âme de sa vie n’était pas prête.

Olivier semblait en avoir décidé autrement. Il s’approcha de lui et commença à lui caresser la cuisse par provocation. Il se disait que si l’autre marchait, il pourrait récupérer un peu de fric pour sa dose. Cependant, la réaction de Gabriel ne fut pas du tout celle espérée et au lieu de laisser son invité continuer, il lui saisit le poignet avec colère.

Olivier le regarda avec surprise et incompréhension. Mais devant ce regard trop longtemps absent, Gabriel se calma et relâcha son emprise. Il vit le poignet bleui et se confondit en excuses avant de disparaître dans la salle de bain en claquant la porte.

Céder aurait été tellement plus simple, mais il ne pouvait pas, il ne voulait pas, son invité devait se souvenir avant, il devait savoir...

Encore abasourdi par la réaction inattendue de son hôte, Olivier ne dit rien et resta assis. Il n’avait rien vu, il ne l’avait pas senti bouger, ni prendre son poignet et le serrer...

Cet homme avait été d’une rapidité déconcertante. Son poignet quant à lui était douloureux, mais rien de grave à première vue, foulé peut-être ? Il sentait cependant que l’autre s’était retenu, il aurait pu lui briser le bras comme un simple cure-dent...

Qui était-il ?

Olivier en avait assez de se poser des questions et décida qu’il était temps pour lui de quitter ces lieux. Il voulait fuir ce garçon, il voulait fuir les sentiments qui remontaient à la surface et qui comme pour le tableau, lui étaient incompréhensibles. Il était paniqué, il avait peur, il devait s’enfuir pour ne pas connaître les réponses, pour faire taire les voix qui s’étaient éveillées dans son esprit.

Il se précipita vers la porte, mais au moment où il posait la main sur la poignée, il ressentit une violente douleur sur la nuque et perdit connaissance.

Il se réveilla à même le sol dans ce qu’il put identifier, après s’être relevé, comme une immense salle d’entraînement à toutes sortes de combats à mains nues. Il fit le tour de la pièce à la recherche d’une sortie, mais ne trouva rien qu’il puisse identifier comme une porte. Il tourna encore et remarqua également que la pièce n’avait pas de fenêtre. Se sentant prisonnier contre son gré, Olivier se mit à hurler jusqu’à ce qu’une voix l’interrompe.

— Tu peux crier, personne ne t’entendra ici !

— Qui... Que me voulez-vous ? demanda alors Olivier en faisant un tour sur lui-même pour essayer de deviner d’où provenait la voix.

— J’aimerais te proposer un marché...

— Un marché ?

— Oui, lui répondit alors une voix derrière lui.

Olivier se retourna et se retrouva nez à nez avec Gabriel.

— Comment...

Le patron de la discothèque leva la main pour le faire taire et poursuivit.

— Comme je le disais, j’aimerais te proposer un marché. Je t’offre de te battre contre moi, en échange de ta liberté.

— En échange de quoi ? demanda Olivier certain d’avoir mal compris.

— De ta liberté. En fait tant que tu n’arriveras pas à me battre dans un combat à main nue, tu resteras ici.

— Et si je refuse ? interrogea Olivier d’un air bravache.

Gabriel, loin de se laisser impressionner, planta son regard dans le sien et soupira avant de répondre :

— Je te tue.

Olivier cligna des yeux, puis sans prévenir, il se précipita sur son geôlier avec rage. Un sourire se dessina alors sur les lèvres de Gabriel, qui se contenta de faire un pas en arrière pour esquiver l’attaque maladroite de son agresseur. Olivier trébucha sur le carrelage et le regarda incrédule.

— Co... Comment ?

Gabriel se contenta de hausser les épaules, un franc sourire sur le visage avant de conclure :

— J’en déduis que tu acceptes le marché.

Il s’avança alors dans la pièce et ouvrit une petite porte sous le regard stupéfait d’Olivier.

— Il y a une petite salle d’eau là. Et, je te ramènerai un matelas lors de ma prochaine visite ainsi que de quoi manger.

Puis sur ces mots, il disparut comme par magie...

Après l’accord qu’il avait passé avec Olivier, Gabriel venait le voir très souvent, le plus souvent possible en fait. Il avait peur que le jeune homme en état de manque ne fasse quelque chose qui le séparerait à jamais de lui. Mais à part essayer de le tuer lui, il ne tenta rien contre lui-même.

Olivier souffrait, il le savait, il le voyait et il enrageait de ne rien pouvoir faire pour lui. Il fallait qu’il s’en sorte seul, il fallait qu’il en ait la volonté, qu’il ne dépende que de lui-même. La seule chose qui semblait lui faire du bien, c’était de se battre contre lui.

Au début, d’ailleurs, Gabriel n’avait rien à faire. Il regardait Olivier se mouvoir avec lenteur comme un hippopotame dans un magasin de porcelaine. Il était gauche et lent ! Enfin pour un adversaire tel que Gabriel. Il était guidé par la rage, le manque et aveuglé par la souffrance. Il frappait au hasard, se ruant sur son adversaire sans jamais réussir à l’atteindre, ce qui avait le don de l’énerver encore plus.

Gabriel savait qu’Olivier se battait pour vivre, d’où le marché, et qu’il avait tué ou blessé plus d’une trentaine d’adversaires, mais il savait aussi que ce n’était que des humains...

Généralement, au bout de dix minutes, Gabriel finissait par se lasser et mettait un terme au combat en se retrouvant derrière la furie en un quart de seconde et en lui infligeant un coup sur la nuque qui l’envoyait au tapis sans connaissance. Olivier reprenait conscience quelques minutes après, légèrement sonné, et surtout vexé de s’être fait de nouveau avoir.

Pourtant un jour, Gabriel perdit patience et le frappa bien plus fort qu’il n’en avait l’habitude, si bien qu’Olivier se retrouva en sang sur le carrelage, complètement abasourdi.

Gabriel lui lança un regard noir puis disparut dans la petite salle de bain attenante en lui disant :

— Si tu ne veux pas que je te prenne en pitié, bats-toi comme un ange !

Olivier resta un moment sur le sol froid sans bouger, n’étant pas vraiment sûr de ce qu’il venait d’entendre. Son dos commença alors à le faire souffrir. La douleur sourde s’insinua dans ses chairs, il gémit non pas parce qu’il avait mal, mais parce qu’il ne comprenait pas ce que Gabriel attendait de lui. Pourquoi le gardait-il en vie ?

Il regarda son sang se répandre petit à petit sur le carrelage, tout autour de lui tel une paire d’ailes rouge sang et il eut un choc, une révélation. Et avant de perdre connaissance, il sut pourquoi il était là...

Après cet après-midi, leurs altercations devinrent de véritables combats. Les coups portés n’étaient plus retenus et bien que ce soit souvent Olivier qui terminait en sang sur le carrelage, il faisait de gros progrès. Ce n’était plus la bête enragée de ses débuts, il retrouvait petit à petit ses forces, il retrouvait ses réflexes, il sentait son instinct renaître. Il se sentait revivre...

Et plus la vie s’infiltrait dans ses veines, plus il se sentait proche de Gabriel. Chaque jour qui passait, il attendait son retour et leur corps à corps, seul moyen qu’il avait trouvé pour se rapprocher de son hôte. Il avait besoin de sentir Gabriel près de lui, il prenait conscience d’avoir abandonné la poussière d’ange pour l’ange, son ange gardien...

Gabriel était devenu sa raison de vivre...

Il ne s’en aperçut pas tout de suite. Il y eut d’abord ce jour où ils se retrouvèrent à égalité, chacun tenant le bras de l’autre derrière leur dos respectif, prêts à briser l’os au moindre mouvement. Olivier sentit une hésitation chez Gabriel et il aurait pu en profiter pour gagner le combat, mais au lieu de cela il se perdit dans la contemplation des yeux bleus glacier et se surprit à vouloir l’embrasser...

Déconcerté, il s’était avoué vaincu sans rien tenter, se remémorant sa tentative des premiers jours. Puis, un soir alors qu’il se préparait pour un nouvel affrontement, Olivier s’aperçut qu’il ne voulait plus se battre. Ce n’était pas des coups qu’il voulait porter sur Gabriel, mais des caresses et des baisers. Il regarda son adversaire qui se tenait prêt et l’imagina succombant à ses baisers, les yeux fiévreux de désir. Il ne savait pas comment arrêter le jeu. Il ferma alors les yeux comme s’il se concentrait, les images d’un tout autre corps à corps à l’esprit, et murmura :

— Je veux une autre sorte de combat ce soir « Amor Mio... »

Les mots étaient sortis tout seuls de sa bouche. Alors qu’il allait rouvrir les yeux pour voir la réaction de son adversaire, il sentit les lèvres de Gabriel sur les siennes, puis ses mains... et cela s’acheva dans un corps à corps enflammé sur le carrelage...

1Mary Higgins Clarck, « Et nous nous reverrons »

A suivre ...

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